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Charte de vie relationnelle à l’école

Jacques Salomé

Illustrations de Françoise Malnuit

 

Relié: 181 pages

Editeur : Albin Michel (9 novembre 1995)

 

     

    Présentation de l’éditeur

    Le premier lieu de la communication en dehors de la famille est l'école. Beaucoup d'enjeux de la vie d'un enfant se jouent dans cet espace. Enseigner la communication relationnelle à l'école est la tâche qui va incomber de plus en plus aux enseignants. Apprendre à vivre des relations qui favorisent la créativité et la croissance de chacun, tel est l'enjeu que s'est fixé Jacques Salomé. Une charte de vie relationnelle à l'école pour permettre aux enfants de mieux définir leurs attentes, aux enseignants leurs responsabilités et leurs exigences, aux deux de se donner les moyens de communiquer, c'est-à-dire de mettre en commun.

    « C'est à la demande d'enfants, d'adolescents d'aujourd'hui et aussi de parents et d'enseignants que j'ai écrit ce petit livre. J'avais rêvé dans mon enfance du possible de tels échanges sans imaginer qu'un jour, j'en serais l'artisan. Je remercie tous les enfants et les ex-enfants rencontrés au non hasard de ma vie personnelle et professionnelle... »

     

     

    Mon avis : Les atouts de la lecture de ce livre

    Ce livre permet de prendre du recul et de s’interroger sur ce que nous voulons réellement et surtout ce dont nous avons tous besoin dans notre société. A savoir : des relations sociales faisant preuve de maturité et cela dans toutes les couches de la société. Pour cela, il faut apprendre à communiquer. Ce n’est pas inné. Certains sont plus avantagés que d’autres grâce à un répertoire de vocabulaire bien fourni et des connaissances en la matière des parents, de l’entourage,... D’autres devront mettre plus de temps pour les rattraper.

    Mais une société qui communique, qui argumente et qui s’interroge est une société en bonne santé. Elle n’aura plus besoin de la violence pour s’exprimer puisqu’elle aura les mots. Cela nous questionne aussi sur le fonctionnement actuelle de l’Éducation Nationale et ses objectifs premiers.

     

     

    Ce que nous dit Jacques Salomé :

    Jacques Salomé s’interroge sur la place accordée à la qualité de vie, aux échanges, au savoir-être, au savoir-devenir, aux initiatives personnelles, aux besoins intimes fondamentaux, aux désirs, aux attentes, aux engagements et aux investissements individuels autres que ceux qui sont directement mesurable selon la logique interne du système de référence.

    Il nous explique qu’il est nécessaire de mettre en œuvre un véritable projet d’amélioration de la communication à l’école pour des interactions plus riches et plus satisfaisantes.

     

     

    Il s’interroge sur l’élaboration d’une charte de vie susceptible de prendre en compte les échanges verticaux enseignants-élèves, les échanges horizontaux entre pairs et collaborateurs (du côté des élèves mais aussi des professeurs).

    Elle pourrait être rédigée en début d’année scolaire, puis revisitée et réactualisée régulièrement.

     

    Ce qu’attend l’enfant de son professeur : une écoute dans ce qu’il vit, ressent, imagine ou rêve. Qu’il ne l’enferme pas dans ses réponses, dans son savoir académique.

    L’élève a besoin d’un adulte capable de l’entendre, même dans ses hésitations, ses contradictions et ses tâtonnements. Un adulte qui puisse recevoir ses interrogations, ses désirs et ses peurs, sans les prendre en charge, sans se sentir obligé de les résoudre, de les dévier, les contrer ou s’y opposer.

    L’importance de parler de points à améliorer plutôt que de fautes, qui a toujours une connotation jugeante, disqualifiante, voire humiliante s’il y a répétition.

     

    Pour des relations de confrontation et non d’opposition.

    Il s’agit plutôt de tirer profit de critiques constructives énoncées sur le ton bienveillant du conseil, de l’avis, de la proposition, du partage. Echanger sur des perceptions différentes d’un même événement.

    Ne pas attendre de l’enfant une explication toute faite, susciter plutôt sa réflexion et participer au développement de son esprit critique. L’aider à se responsabiliser dans l’acte d’apprendre. Constater et respecter ses blocages, ses résistances. Ces difficultés ont leur signification. Elles sont des langages comme dirait Dolto.

    L’enfant a besoin d’être accompagner dans ses tâtonnements et sa recherche. Ses erreurs ont un sens et peuvent être exploitées. S’appuyer sur elle pour aller plus loin.

    L’enseignant doit aussi comprendre, accepter et écouter ses silences. Ils font aussi sens.

     

    Ce que j’en pense :

    J’avoue en tant qu’enseignante que ce travail ne peut se faire qu’en petit groupe de remédiation pour être efficace. La fréquence et la qualité de ce travail dépend aussi du nombre d’effectifs en classe. Moins, il y a d’élèves, plus les séances en groupe seront multipliés et efficaces.

     

    Il est évident que le plaisir à enseigner et l’enthousiasme amplifient et stimulent l’appétence de l’enfant à apprendre.

    Pour cela l’enseignant doit accepter de se remettre en cause et dire à l’enfant que c’est lui qui est parfois en difficulté face à ses conduites, à ses comportements ou à ses résultats… Ils avancent ensemble.

    Les menaces, les sanctions et la culpabilisation ont l’art de stopper la personne, de renforcer son repli ou son opposition.

     

    Ce que j’en pense :

    Les demandes de l’enfant ont besoin d’être entendues, d’où la nécessité d’un climat de confiance.

    Cela nécessite cependant du temps. Plus l’effectif est réduit, plus les demandes peuvent être prises en compte et gérer de manière efficace. Difficile en grand groupe d’y répondre. Certains élèves n’osent pas prendre la parole, tandis que d’autres la monopolisent. Celui qui sera à l’aise à l’oral , qui aura confiance en lui et qui n’aura pas peur du jugement aura plus de facilité que les autres. Faut-il que tous les élèves soient extravertis pour autant ? Les introvertis ont d’autres qualités que n’ont pas les extravertis. Il y a de la place pour tous. Seuls les mises en place de divers types d’organisation pédagogique peuvent permettre de les résoudre.

    Apprendre à communiquer oui, à argumenter oui, utiliser la communication non violente pour y accéder oui, l’éloquence oui.

    Mais je m’interroge sur les valeurs qui se cachent derrière. 

    Faut-il pour autant écraser l’autre dans une joute verbale ?

    Ou utiliser le sophisme (raisonnement qui semble logique mais qui en réalité ne l’est pas ) et manipuler l'autre ?

    Le conflit socio-cognitif n’a alors plus le même objectif, qui est pourtant d’apporter à tous un savoir et de découvrir la vérité.

    Faut-il faire des économies sur les enfants ? Avec la baisse des effectifs des fonctionnaires qui reviennent trop chers à la société, ce sont les enfants qui en pâtissent. Bien sûr certains trouveront des solutions en inscrivant leurs enfants dans des écoles privés à effectif réduit mais qu’en est-il des autres ?

    Est-ce une volonté politique de faire en sorte qu’une partie de la population n’est pas autant accès aux études supérieures ?

     

     

    L’enseignant

    Celui-ci apprend aussi de ses élèves. Il élargit ainsi son champ d’acquisitions et de compétences. Tout comme l’enfant, il apprend des savoirs tout au long de sa vie, des savoir-faire (méthodologie, pédagogies diverses), des savoir-être (une qualité de la relation et d’échange), des savoir-devenir (possibilités de s’ajuster, de créer et d’évoluer).

    Les connaissances de l’enseignant sont colorées par sa sensibilité, son histoire, ses expériences d’« ex-enfant ». Ses savoirs sont sans cesse soumis à des réactualisations en fonction de sa recherche , de ses interrogations et de ses découvertes.

    L’enseignant s’appuie aussi sur les centres d’intérêt de l’enfant, sur ses engagements ou de sa disponibilité.

     

    Ne pas confondre autorité et autoritarisme.

    Avoir de l’autorité, c’est exercer une influence qui permet à l’autre d’être auteur, créatif, pour l’inviter à être plus lui-même.

    Le pouvoir correspond à l’exercice abusif et manipulatoire de cette influence par la contrainte. L’autoritarisme est la forme excessive et parfois pathologique e l’autorité.

     

     

    La communication entre pairs

    Pouvoir exprimer dans la cour ses idées, un point de vue ou une opinion personnelle sans être aussitôt disqualifié, soumis à des remarques désobligeantes, à des railleries ou traité d’un adjectif débilisant.

    Savoir utiliser et entendre des critiques constructives, non celles qui dénigre ou rejette l’autre mais qui au contraire le fait progresser. Chacun veut être accepter avec ses origines, ses valeurs.

    Comment limiter les violences si ce n’est en permettant à tous d’avoir accès aux mots, à l’apprentissage de la communication. Celle-ci s’enseigne comme toute autre matière.

    Cela empêche l’enfant de se laisser enfermer par exemple dans une caricature qui fait rire les autres et le coupe de ses véritables ressources.

    La classe doit être un lieu qui aspire l’élève, l’inspire, l’amplifie, le structure, le confirme dans le meilleur de lui-même.

     

    Ce que j’en pense :

    A l’heure où on divise les groupes : le camp des boloss et celui des populaires pour les jeunes, taper 1 pour oui, taper 2 pour non, ... la nuance disparaît pour un monde exclusivement binaire, manichéen, ceux qu’on accepte et ceux qu’on rejette. Les bons et les mauvais élèves, les bons profs et les mauvais….

    Comment l’Institution peut-elle permettre à chaque professeur de faire son travail correctement ? Est-ce par la médaille au mérite et les bons points pour les élèves, la carotte ou le bâton ou au contraire, partir des difficultés rencontrées pour trouver ensemble des solutions. Pour cela il faut du temps et donc de l’argent (pour des remplaçants par exemple permettant ainsi d'aller en formation ou de remplacer des professeurs absents…).

    Peut-on faire l’économie sur l’éducation ?

    Pourquoi les professions pour le service publique (pour enseigner, soigner, protéger…) sont-elles de nos jours dévaluées financièrement et en sous effectif alors qu’au contraire ils manquent sur le terrain ?

    Il n’y a pas assez de travail pour tous et non l’inverse. Les postes manquent et ne sont pas créés.

     

     

    Entre adultes

    Un temps de réunions à thème sur la communication serait bénéfique pour un diagnostic des difficultés rencontrées, pour définir un projet spécifique et concret de lutte contre ces difficultés.

    L’enseignant est souvent tiraillé entre la commande institutionnelle dont il est l’objet et les demandes individuelles, multiples qu’il perçoit dans une classe.

    L’enseignant qui tente de mettre des mots sur un événement, un vécu personnel, un ressenti intime, il ne souhaite pas que cela soit entendu comme une mise en cause d’un élève, d’un parent ou d’un collègue mais comme l’expression de sa sensibilité du moment.

    L’enseignant qui fait face à des inquiétudes, des interrogations, des remises en cause quasi permanentes doit pouvoir s’appuyer sur des confirmations, des encouragements pour la mise en application concrète d’un enseignement des relations humaines.

    Les bases d’une Ecologie relationnelle, active, présente, vivace et vivifiante dans les échanges avec la vie se développent grâce à la valorisation des autres et le non-jugement.

     

     

    Ce que j’en pense :

    Le groupe d’enseignants doit être soudé, la difficulté de l’enseignant entendu et non culpabilisé par ses pairs ou la hiérarchie. D’où des groupes de paroles une fois par semaine comme cela se fait dans les institutions entre les éducateurs qui permettent de trouver ensemble des solutions pour tels ou tels problèmes. Des formations plus régulières avec des chercheurs compétents dans leur domaine, des entretiens réguliers avec le RASED (psychologues scolaires, enseignants spécialisés…) qui malheureusement se réduit à une peau de chagrin...

    Une pédagogie peut aller à un élève et pas à un autre. La découverte des intelligences multiples de Gardner, de la neuroscience, de la psychologie de l’enfant, etc... fait avancer les recherches en matière de pédagogie, mais cela demande du temps à l’enseignant pour se former, prendre du recul sur sa pratique. Son emploi du temps chargé ne permet pas à l’enseignant de l’école primaire de réfléchir sérieusement à ses questions avec ses collègues comme il aimerait le faire. L’action ne peut être efficace que si le temps de la réflexion est aussi important pour des remédiations, des formations, du temps de recul et d’échange avec d’autres et de régulation des échanges... Les formations ne sont pas toujours efficaces (on demande quelquefois aux enseignants de fournir un travail pédagogique pour le mettre sur le site de la circonscription au lieu de lui apporter des éléments de réponses sur ses interrogations professionnelles ciblées). Ces formations sont aussi sacrifiées à contre cœur par l’enseignant car les élèves n’auront pas de remplaçant sur une période pouvant aller d’une journée à plusieurs jours, voire plusieurs semaines.

    Tout au plus, il prend ce temps sur son temps personnel au détriment de sa vie privée, durant les vacances par exemple. Moment pourtant nécessaire pour recharger les batteries. Le temps personnel de la semaine étant dédié exclusivement au travail de préparation et de correction.

    Accepter de se remettre en cause nécessite aussi un management de l’équipe enseignante sur le même principe. Les inspections souvent très rigides n’appliquent pas non plus cette charte relationnelle. La pression de la hiérarchie, le rapport au pouvoir, les problèmes de rivalité internes liés aux ambitions personnelles et à la politique du chiffre, parasitent et priment sur l’intérêt général qui est de permettre à l’enseignant de progresser pour être plus efficace et celui de permettre à l’enfant de progresser dans ses apprentissages, de se construire, de devenir un citoyen et de s’épanouir culturellement. Ceci n’est plus une priorité et passe en dernier.

     

    Difficile de trouver des remplaçants et même de simples profs dans le 93 puisque maintenant on propose des postes aux étudiants  pour combler le manque. Où est l'égalité des chances ? 

     

    Biographie de l’auteur

    Jacques Salomé est psychosociologue et écrivain.

    Diplômé de l'École des hautes études en sciences sociales, il commence sa carrière dans l'éducation spécialisée comme éducateur dans un centre de jeunes à Vitry-sur-Seine, puis il est nommé directeur du Centre de jeunes mineurs en difficulté de famille, à Vignely en Seine-et-Marne. 

    Il continue dans la formation aux relations humaines et devient formateur dans le Centre de formation aux relations humaines "Le Regard fertile" (Quétigny 1972 - Roussillon 1984) qu'il a fondé.

    Auteur de nombreux ouvrages, il s'intéresse à la communication des familles avec l'école dans son livre "Minuscules aperçus sur la difficulté d'enseigner" (2004) et a développé l'idée d'une charte relationnelle à l'école et a proposé une méthodologie pour apprendre des règles relationnelles "Pour ne plus vivre sur la planète taire" (1998). 

    (Source : Babelio)

     

    Son site pour en savoir plus et découvrir sa bibliographie : http://www.j-salome.com/

     

     

    L'intégrale Mafalda © Glénat

     

     

     

     Liberté, égalité, fraternité !

    Tous ensemble, tous ensemble ouais, ouais!

     

     

    Tag(s) : #Psychologie

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